La différence, celle qui dérange.

J’ai vécu une enfance heureuse, entourée d’un belle et grande famille (nous sommes 5 enfants). Il y avait toujours un bon repas servis, il y avait une belle entente fraternelle. Bien sûr, il y avait des bêtises, mais rien de grave, plutôt du genre “c’est pas moi, c’est T”. Mon pauvre T. seul garçon au milieu de nous, le petit prince à maman oui, mais pas forcément facile quand tu grandis entourés de “petites pestes”. Nous n’étions ni les plus riches, ni les plus pauvres, nous vivions en cité, oui, mais tout allait bien….

Puis un jour…..

L’adolescence est venue s’emparer de moi, comme de n’importe qui, enfin presque. Premiers pas au collège et la catastrophe commence. Ma vie a donc commencé à devenir étrange aux alentours de mes 12 ans. Une vraie fracture sociale. J’ai commencé à me sentir différente. Je n’avais plus d’amis, en revanche j’avais beaucoup d’ennuis…

Harcèlement scolaire….. Sans raisons apparentes, les personnes me détestaient. Je n’avais rien en commun avec mes “camarades”. Les moqueries et insultes fusaient. J’étais triste et malheureuse. Moi qui adorait les livres, l’apprentissage, j’ai commencé à lâcher tout ça en me disant que si je n’étais plus “la bonne élève” peut-être que tout cela cesserait…. Mais non, cela continuait de plus bel. A cette époque là, j’étais très sportive. J’étais en section sport étude donc très naturellement. Devinez ce qu’il peut se produire pour une enfant harcelé, dans les vestiaires de gymnase? J’ai donc tout fait pour ne plus faire sport, enfin seulement à l’école.

Le changement de collège n’aura pas aidé, non. J’étais dans l’engrenage : insulté, humilié, frappé, prise à partie. Période sombre où j’ai pensé au pire plus d’une fois dans ma vie.

Ce harcèlement que j’ai subis, que j’ai vécu, je me suis promis que cela n’arriverai jamais à mes enfants. Mais la vie en a décidé autrement, pour ne pas changer. Sauf que cette fois je suis la mère, et dans cette nouvelle ère je gère.

Le lycée a provoqué en moi un vrai soulagement. Je pouvais de nouveau être moi. Je n’avais pas beaucoup d’amis c’est certains, mais je pouvais de nouveau être une excellente élève, être moi. J’ai repris goût à la vie, j’ai même réussi à avoir un petit ami. Enfin… Etre moi…. J’ai surtout appris à être actrice. Et à partir de ce moment là, j’ai tout fais pour me fondre dans la masse.

J’ai donc mené une vie, ou on me martelé de “tu es trop susceptible” “oh mais c’est bon c’était pour rire” “sérieux t’as pas d’humour”… J’en passe et des meilleurs….

Puis j’ai eu mes enfants, j’ai appris la différence avec eux, entouré par leur amour, rassuré par leurs habitudes à ne pas bouleverser, bercée par leurs rituels.

C’est au moment où le premier diagnostic est tombé que je me suis posée des questions, comme tout parent je pense… Mais je savais au fond de moi que je n’étais pas “comme tous les parents”.

Alors je suis aller à la recherche de moi même, de mon identité que finalement je n’avais toujours pas trouvé à l’aube de mes 30 ans. Oui j’aime ma vie de famille, mais pourquoi depuis mon enfance, changer de trajet provoque en moi un sentiment d’insécurité, de frustration profonde. Pourquoi je n’arrive pas à sentir si les personnes vont mal ou bien au téléphone? Pourquoi suis-je figée avec les émotions? Pourquoi je n’ai pas d’humour (au grand regrets de mon mari, mais au grand bonheur de nos amis… Éric si tu passes par là!). Pourquoi regarder dans les yeux est pour moi comme une profonde agression? Pourquoi?

En tout cas j ai réussi à développer de sacrées stratégies que j apprends aujourd’hui à mes enfants.

Puis comme un soulagement, le jour où j’ai enfin décidé d’en parler. Le jour où je me suis décidée à consulter. Le jour où enfin des mots étaient posés.

Pourquoi un soulagement? Parce qu’enfin je pouvais être moi même, et qu’enfin le puzzle soudainement été complet. Il ne manquait plus aucune pièce.

Alors si pour moi, pour mon entourage ça ne change rien à ma vie, ce verdict aura pour moi été signe de délivrance. Quand on me dit “T’as vraiment pas de second degré” je répond maintenant d’un sourire nonchalant. Je peux enfin être moi même.

2 commentaires sur “La différence, celle qui dérange.

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  1. Dans ton malheur tu as eu la chance que quelqu’un mette des mots sur ta différence et ton mal être. C’est une bonne chose pour toi ça t’évitera des moments plus que pénibles, la vie n’épargne personne, mais si une rencontre ou une aide peuvent nous éviter quelques embûches on tiendra plus longtemps. C’est le plus important. Mes parents ceux de mon compagnon lui, moi nos frères, nous sommes tous différents, entre guillemets derrière un masque nous nous sommes inclus à la société. Nos enfants sont différents, quelque part nous sommes tous « normaux » 😉

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